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Comité de soutien Sara Camara

 

 

Sara Camara

vit en France

depuis 17 ans...
***********************************************************************************

Hier,
Lundi 14 Avril 2008 à 13H00
Le commissaire du gouvernement a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler la décision d'expulsion du territoire émis par la préfecture de Seine-Saint-Denis
à l'encontre de Sara...

Aujourd'hui, Mardi 15 Avril 2008
 à 11H30
Notre ami et collègue SARA est régularisé par la préfecture de Seine Saint-Denis !!
Il aura fallu attendre 800 jours pour qu'enfin le bon sens l'emporte...
Au nom de Sara,
merci beaucoup
pour toute l'aide et les marques de soutien que
vous lui avez apporté durant
ces longs moments difficiles.

Comité de soutien

Il travaillait depuis 13 ans dans l'administration...

Aujourd'hui,

800 ème jour

sans papier, 
sans travail, 
sans revenu, 
sans nouvelle de la Préfecture,

Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Préfet,

Messieurs les Politiques,

Mettez fin au

"compteur de la HONTE..." 

Régularisez notre ami et collègue !
SARA CAMARA

SIGNEZ LA PETITION 

(cliquez sur le lien) 
et merci de la diffuser

autour de vous...

Demandant

la régularisation de notre ami et collègue

Sara Camara,

pour qu'il retrouve son poste et sa dignité...

Bonjour,

Nous portons à votre connaissance
l'article de Laure Equy
(que nous remercions...)
paru dans le journal Libération du 9/08/08. 

Concernant la situation de Sara, après beaucoup d'attente et de patience, le jour tant attendu est enfin arrivé le Mercredi 3 Septembre 2008 ,
Sara a été convoqué par le service des étrangers de la préfecture de Bobigny pour se faire remettre un titre de séjour temporaire valable 1 an. 

Le site restera en ligne durant toute cette période pour vous informer de la suite qui sera donné au renouvellement de son titre de séjour dans 1 an.

Merci à tous pour votre soutien,

Bien Cordialement,

Le comité de soutien Sara Camara

**********************************************************************************************************************
  Porté par les potes
(Sara Camara portrait)
 

Source Libération

Du côté des sans-papiers (7/8) Sara Camara. Cet agent d’entretien malien a obtenu un titre de séjour grâce au soutien de ses collègues de la Conciergerie, à Paris.

Journaliste LAURE EQUY  photo FRÉDÉRIC STUCIN

QUOTIDIEN : samedi 9 août 2008

Comme un miraculé. Malien arrivé en France par une filière clandestine, Sara Camara a été régularisé après avoir vécu dix-huit ans en clandestin. Il avoue qu’il revient de loin, que, seul, il se serait sans doute embourbé dans les labyrinthes administratifs. « Je n’aurais jamais pu faire ces démarches sans aide, même si j’en avais envie, assure ce quadragénaire d’un minuscule filet de voix. Pour les sans-papiers, c’est trop compliqué, on est perdus. » Le radeau de sauvetage de cet agent d’entretien à la Conciergerie, à Paris : deux collègues qui ont remué ciel et terre pour l’aider à arracher son titre de séjour. Deux ans de « procédure kafkaïenne », selon l’un de ses anges gardiens, Jean-Luc Thouvenin, chargé du personnel. Une mobilisation tambours battants. Et très vite, l’impression de marcher sur la tête. « On a naïvement pensé que l’affaire se réglerait facilement, avant de sentir qu’on naviguait à contre-courant »,raconte son ami informaticien, Mohamed Ziane. Les trois compères se heurtent à la politique de serrage de vis en matière d’immigration et à l’arbitraire des critères ouvrant à la régularisation. Malgré des états de service exemplaires, Sara n’y répond pas vraiment. Sa femme et ses enfants vivent au Mali, il ne travaille pas dans la restauration, le bâtiment ou d’autres secteurs en tension.

Dès le départ, les associations leur conseillent de médiatiser son cas. Car sans grabuge, on trouve portes closes, et qu’« un dossier béton » mais confidentiel reste en bas de la pile. « Pourquoi lui et pas d’autres qui ont la même ancienneté, des enfants en France ? Sur ces critères, il n’y a pas de vérité absolue, conclut Mohamed Ziane. Mais le bruit qu’on a fait a joué. On n’en démord pas. »

Silhouette débonnaire, regard tendre, un fin liseré de barbe comme tracé au feutre sur son visage rond, Sara leur a fait confiance : « On était toujours tous les trois. »Il a la discrétion de ceux qui ont dû jouer les passe-muraille, se faufiler entre les mailles. Grand timide, un brin lunaire, il bredouille son histoire et se retranche derrière un éternel sourire. A la Conciergerie depuis 1992, titularisé en 1998 par le Centre des monuments nationaux (CMN), il a le profil de l’employé de l’année. « Dévoué, droit, honnête, irréprochable », élève assidu des cours de français du ministère de la Culture, assurent les lettres de soutien que le personnel avait envoyées au ministère de l’Immigration. Chaque matin, il fait le tour des salles, assure le nettoyage, dépanne ses collègues. C’est lui qui époussette le mannequin de cire de Marie-Antoinette, agenouillé dans son cachot. A force, il s’y sent comme « chez [soi] », a appris des bribes d’histoire de la Révolution et se targue d’avoir aperçu du beau linge les soirs de vernissage.

Sara aurait pu continuer à vivre sous cape, avec ce travail qui lui « plaît bien » et lui permet d’envoyer à sa famille une part son salaire de 1 200 euros par mois. Mais, fin 2005, il décide de se confier à Jean-Luc Thouvenin. Pour postuler au CMN, il avait utilisé les papiers de son oncle, en règle, qui porte les mêmes nom et prénom.« Ça me pesait trop. J’en avais assez de travailler pour ne rien avoir à la fin, rien pour la retraite. » Embringué dans son secret, Sara n’avait jamais osé demander sa régularisation. Sur les conseils du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), le trio fait une demande de régularisation à la préfecture de Seine-Saint-Denis. Laquelle ordonne, deux mois plus tard, le licenciement de Sara. Le CMN gèle son poste et assure de le réembaucher, une fois régularisé.

Ses deux amis qui, auparavant, ne portaient pas spécialement la cause des sans-papiers en bandoulière, se retroussent les manches. Thouvenin se sentait « déjà concerné par les atteintes aux droits de l’homme »,sans avoir « été encarté nulle part ». D’origine algérienne, Ziane, lui, se rappelait ses oncles qui « ont vécu seuls et se sont privés toute leur vie ». Ils montent un blog, un comité de soutien, font des pétitions, tambourinent aux portes des médias et des politiques. Sara, lui, attend à la préfecture « dès 5 heures du matin ». Les députés Bernard Accoyer (UMP), André Santini, Jean-Christophe Lagarde (NC), écrivent au préfet. En séance, à l’Assemblée, Julien Dray (PS) défend le cas de Sara. Lui se sent soulagé « d’entendre des gens qui comprennent que les immigrés ne viennent pas pour profiter mais pour sortir leur famille de la misère ». Thouvenin va plus loin, qui décrit Sara comme « le bouc émissaire d’une politique d’immigration injuste, en voie de durcissement ». En avril, Sara obtient son récépissé préalable à la fabrication d’une carte de séjour d’un an renouvelable, et reprend son poste à la Conciergerie.

Dernier d’une fratrie de sept enfants, Sara, issu de parents agriculteurs de Kerouane dans la région de Kayes (ouest du Mali), s’est mis à rêver de France à 13 ans, lorsqu’il comprend « qu’au Mali, y a pas la "maille". Chez nous, on dit qu’un ouvrier gagne en France le salaire d’un de nos ministres ». Ado, il voit l’Europe comme un « paradis » avec « des palais, de belles voitures, des motos, du travail ». Des images brodées grâce aux récits enjolivés des immigrés qui rentrent au pays. « Ils ne veulent pas inquiéter. Donc on ne sait pas qu’ils souffrent et économisent des années. » Sur les passeurs qui ont fourni visa et billets d’avion, Sara ne s’étend pas : des gens rencontrés par amis d’amis, qui bénéficient de « complicités » à l’ambassade ou à l’aéroport. A 22 ans, il atterrit à Bruxelles, avant d’être conduit à Paris. Hébergé par un proche dans un foyer de Montreuil (Seine-Saint-Denis), il dort dans le lit de celui qui travaille de nuit, enquille les boulots au noir et prend le métro, un nœud à l’estomac.

Faire machine arrière aurait été « un échec total ». Au Mali, il a vu des immigrés expulsés « se cacher des semaines ou penser au suicide de peur d’être traités d’incapables ». Sous ses airs placides, Sara s’est accroché : « Tu te demandes pourquoi tout ça, pourquoi tu as quitté ton pays. Et le jour de la paye, tu te dis que ça vaut le coup. » L’année dernière, il a quitté le foyer pour louer, à deux pas, un appartement avec deux amis. Il y retourne pour voir les matchs de foot et soigner son mal du pays.

Chez lui, il y a au mur des tableaux de là-bas : un danseur traditionnel et la silhouette longiligne d’une femme peule. « Même sans ça tu y penses… » Sara bute un peu sur l’âge de ses enfants : sa fille de 9 ans et ses fils de 7 et 4 ans, tous trois au Mali, avec leur mère Aminata, qu’il a épousée en 1995, lors du premier de ses quatre allers-retours. Il ne les voit pas grandir, n’a jamais vu son dernier fils. A chaque coup de fil, ils demandent d’entrée : « Papa tu viens quand ? » Aux dernières retrouvailles, en repartant, il a dû quitter la maison à pas de loup, une fois les petits endormis, « sinon c’est trop dur. Alors tu respires, tu retiens tes larmes. Comme un grand garçon ». Quand il ira fêter sa régularisation au Mali, Sara ne conseillera pas aux jeunes de son village de marcher sur ses pas. « Je leur dirai d’apprendre plutôt un métier en Afrique », de se méfier des miroirs aux alouettes et que « la France ne peut plus accueillir tout le monde ».

© Libération

Notre ami et collègue Sara Camara
vient de se voir régulariser par la préfecture de la Seine-Saint-Denis !!!



 Après 2 ans d'attente, tout a été très vite. Il a reçu samedi dernier une convocation pour ce matin à la préfecture. On lui a remis un récipissé lui autorisant enfin une présence légale en France.
Maintenant son dossier va être transmis par la préfecture à la Direction du Travail pour la validation définitive de son autorisation de travail. Après quelques derniers détails administratifs à régler (redevance versée par l'employeur, visite médicale), il sera autorisé à reprendre son travail à la Conciergerie (avant la fin mai d'après la personne que nous avons vu ce matin à la préfecture).
Cette nouvelle, que nous attendons depuis plus de 2 ans, est une grande joie pour tous ses amis et collègues. Ces épreuves nous auront appris que la solidarité et la persévérance peuvent renverser des montagnes.
Au nom de Sara, merci beaucoup pour toute l'aide et les marques de soutien que vous lui avez apporté durant ces longs moments difficiles.

Comité de Soutien Sara Camara

 

Ils ont tout pour être régularisés, mais…


SARA CAMARA

En France depuis dix-huit ans, Sara Camara, un Malien quadragénaire, a travaillé treize ans pour le ministère de la culture. Recruté en décembre 1992 comme gardien suppléant à la Conciergerie de Paris, il a même été titularisé le 1er juillet 1998 en tant qu'agent d'entretien par le Centre des monuments nationaux (CMN). Jusqu'au jour où la situation lui pesant trop, il a avoué utiliser de faux papiers et travailler, en fait, sous l'identité de son oncle, même prénom même nom et qui, lui, est en règle. 
"Entré irrégulièrement en France, pour pouvoir travailler et subvenir aux besoins de ma famille, je n'avais pas le choix au départ. Mais, explique-t-il, je ne pouvais pas continuer toute ma vie à mentir, et, en plus, à travailler sans pouvoir aller chez le médecin et sans retraite au bout." 

Le 29 novembre 2005, M. Camara dépose une demande de régularisation. Son employeur public lui laisse alors deux mois pour se retourner, avant, finalement, d'être contraint, par la préfecture de Seine-Saint-Denis de le licencier. Le directeur du CMN lui promet néanmoins de lui garder son poste. Mais, un an et demi plus tard, M. Camara reste toujours sans nouvelle de la préfecture. Et ce, malgré de nombreuses interventions d'élus auprès du préfet, non des moindres : Bernard Accoyer, Jacques Méhas, André Santini, Jean-Christophe Lagarde, pour ne citer qu'eux. En vain.

Forts de ces soutiens, M. Camara s'accroche et dépose le 20 août 2007 une nouvelle demande de régularisation. Mais, cette fois, c'est le couperet : le 12 décembre, la préfecture rejette sa demande de titre de séjour et lui donne un mois pour quitter le territoire.

Depuis, M. Camara attend que soit jugé son recours par le tribunal administratif. Il oscille entre espoir et peur. Peur qu'il s'efforce de chasser en retournant régulièrement à la Conciergerie voir ses collègues qui n'ont cessé de le soutenir, faisant "par-ci par-là" des petits travaux… au noir. "Je suis obligé, malheureusement. Il faut bien que je vive pour m'en sortir", plaide-t-il. "Comment pleinement s'intégrer si on doit rester dans la clandestinité ?", lâche M. Camara qui encore reçu le 15 janvier un courrier du nouveau directeur du CMN lui indiquant être toujours prêt à lui offrir un emploi.

ESTEBAN RIOS

Esteban Rios vous accueille cordialement dans l'ancienne usine reconvertie en vaste loft accueillant son agence de communication et marketing. A l'aise et très pro. Rien dans son comportement ne laisse apparaître qu'il est en sursis. Pourtant, ce Mexicain de 23 ans vit depuis un an entre la hantise d'être expulsé et l'espoir de réaliser sereinement en France ses projets professionnels et familiaux.

"Après mon bac, en 2005, j'ai fait un voyage de trois mois en France. Quand je suis rentré au Mexique, j'étais décidé à revenir pour y faire mes études", raconte Esteban Rios qui a appris le français à l'Alliance française de Oaxaca. Le 29 juin 2005, muni d'un visa d'études, M. Rios revient donc en France pour faire un BTS d'assistant de direction. Il s'investit à fond et fait ses preuves lors de son stage de première année. Si bien que l'entreprise lui propose, fin août, de l'embaucher. Un premier contrat de six mois !

"Avant même la date de renouvellement de ma carte de séjour étudiant, j'ai demandé à la préfecture de changer mon statut d'étudiant en celui de salarié", explique-t-il, soucieux d'être en règle. Confiant, il signe son CDD, une carte de séjour "salarié", provisoire, en poche. Et s'accroche. Volontaire, il s'initie aux arcanes du métier de la communication, se forme aux logiciels d'infographie. Mais, quatre mois plus tard, son employeur rompt le contrat. Motif : le 1er février 2007, la direction départementale du travail lui refuse son autorisation de travail.

"Esteban, insiste Sébastien Ledoux, son employeur, est quelqu'un de curieux qui a une faculté à apprendre incroyable. S'intéressant à tout, il a très vite su se montrer utile, prenant des initiatives, n'hésitant pas à nous assister sur tout un tas de choses. Il a apporté une énergie considérable à notre jeune agence." En vain. Le préfet restera sourd au recours gracieux déposé par M. Rios et son employeur.

Mais M. Rios n'est pas prêt d'abandonner. Il est sur le point de s'installer avec son amie, une institutrice française rencontrée peu de temps après son arrivée en France et, dans quelque mois, il sera père. Il dépose donc une nouvelle demande de titre de séjour mais cette fois "vie privée et familiale". Le couperet tombe le 18 avril 2007, sa requête est rejetée et l'étau se resserre, car, cette fois, la décision du préfet est assortie d'une obligation à quitter le territoire.

Epaulé par son patron, M. Rios dépose, en mai 2007, un recours devant le tribunal administratif (TA). Cinq mois plus tard, enfin une bonne nouvelle. La décision du préfet de police de Paris est annulée et, fort de ce jugement, M. Rios se présente à la préfecture de Seine-Saint-Denis (département où il réside désormais) qui lui délivre une carte de séjour temporaire.

Un sésame : il peut enfin, après huit mois d'arrêt, se remettre à travailler et Sébastien Ledoux lui signe un nouveau contrat de travail. Depuis, M. Rios s'est replongé dans le bain de l'entreprise, il a même proposé à son patron de reprendre des études pour se perfectionner. Il ne pourra cependant concrétiser son projet de BTS en alternance qu'une fois son titre de séjour définitif en poche. Un titre qu'il attend toujours…

Aujourd'hui, M. Rios est au cœur d'un nouvel imbroglio administratif. Sa situation est même devenue kafkaïenne. Bien que son dossier ne soit plus du ressort de la préfecture de police de Paris, celle-ci a fait appel de la décision du tribunal administratif. L'instruction est en cours.

PHEARUN MAN

Phearun Man, dit "Va", est arrivé en France le 5 mars 2007 et, depuis, il attend sa carte de séjour. Car ce Cambodgien, 30 ans aujourd'hui, est entré légalement sur le territoire avec un visa de long séjour et un CDI de cuisinier, visé par l'Agence nationale d'accueil des étrangers et des migrations (ANAEM) et par la direction départementale du travail de Seine-Saint-Denis. Et une première expérience professionnelle à son crédit.

Laetitia Van Eeckhout

Nous portons à votre connaissance l'article de Marie Vermillard,  paru ce jour,  dans le journal Le Monde... 

La mort d'un homme, par Marie Vermillard


L
a réalisatrice Marie Vermillard se trouvait, vendredi 4 avril à Joinville-le-Pont, sur les lieux où un Malien sans-papiers est décédé en se jetant dans la Marne pour échapper à un contrôle de police. Elle raconte au Monde ce qu'elle a vu. 

Il y avait du soleil lorsque je suis sortie du RER, j'ai traversé la rue. Le trajet est agréable pour aller au laboratoire de cinéma de GTC : on descend l'avenue, on passe le pont sur la Marne, un peu d'eau, de douceur, tout près de Paris.

 J'ai été légèrement bousculée par un jeune homme, une allure d'adolescent, il courait comme un fou; j'ai entendu une voix hurler : "Arrêtez-le ! Police !!! Arrêtez-le." Le jeune homme était alors au niveau d'un vieil homme qui l'a laissé passer sans pouvoir réagir. Deux policiers en civil m'ont alors dépassée; eux aussi couraient comme des dératés.

 J'ai vu le jeune homme dévaler l'avenue, les deux policiers derrière lui. Je me suis dit que lorsqu'on est poursuivi on trouve dans son corps toute l'énergie pour aller vite, qu'on est irrattrapable, et pourtant les policiers ne ménageaient pas leur peine.

Je me suis demandé ce qu'il avait fait, agression, trafic de drogue ? Le jeune homme a tourné à gauche avant le pont. Les policiers épuisés ont ralenti. Je me suis dit qu'il avait gagné, leur avait échappé.

Le vieux monsieur est arrivé à mon niveau, il m'a dit : "C'est à vous qu'il a volé quelque chose ?" Il se sentait un peu coupable de ne pas avoir intercepté le jeune homme. J'ai dit que non, que je ne savais pas de quoi il s'agissait.

J'ai regardé à nouveau en bas de l'avenue. Un des policiers montait à l'arrière d'un scooter qu'il paraissait avoir intercepté, le scooter est parti et a disparu dans la direction qu'avait prise le jeune homme. L'autre policier est resté au niveau du pont et regardait dans cette direction.

J'ai descendu l'avenue jusqu'au pont. Le policier était sur le pont lui aussi, il avait une oreillette et regardait l'eau au loin. Je voyais à une centaine de mètres le policier du scooter qui scrutait l'eau et les environs. J'ai ralenti, moi aussi j'ai regardé, je n'ai rien vu. Je me disais que si le jeune homme était dans l'eau, je le verrais, qu'il n'avait pas eu le temps de traverser à la nage le bras de la rivière.

J'ai pensé qu'il était peut-être parti de l'autre côté ou bien qu'il se cachait quelque part le long de la rive. Le policier, sur le pont, regardait aussi, puis il regardait son collègue, petit sur la rive. Un autre homme avait rejoint le policier au loin. J'ai attendu une minute ou deux, rien ne se passait. Alors j'ai continué ma route en me disant qu'il avait réussi à s'échapper.

Ce soir, je lis sur le Net : "Mort d'un sans-papiers poursuivi par la police." L'information dit qu'il a 29 ans, est malien, qu'après un contrôle dans le RER il a fui, s'est jeté dans la Marne et a fait un arrêt cardiaque. Il est mort à l'hôpital peu de temps après son admission.

J'ai envie de vomir. La mort d'un homme pour ça ? Cette poursuite démente pour un homme qui court et n'a rien fait ? Pas un criminel, même pas un petit délit de vol à la tire, non, juste un homme qui court parce qu'il n'a pas de papiers et vient mourir dans cette rivière de la banlieue parisienne.

Que se serait-il passé sans cet acharnement, sans ce scooter ? Le policier sur le pont était d'origine étrangère; qu'est-ce que ça lui fait de vivre avec ce moment-là dans la tête, de savoir que cette course acharnée a tué un homme ? Ces deux policiers si convaincus sont les artisans zélés d'ordres terrifiants. Quelque part en haut, dans la sphère politique, quelqu'un a déclaré une guerre impitoyable à ces hommes et ces femmes venus de loin pour essayer de vivre ici un peu mieux.

D'autres hommes prennent le relais, décident de stratégies policières, de mesures à prendre pour lancer la chasse à l'homme et l'exclusion du territoire. Au bout de la chaîne, deux policiers courent sans savoir après qui, ni pourquoi, juste parce qu'un jeune homme court et qu'il est présumé sans papiers.

C'est insupportable, et nous le supportons.

 

Le préfet de la Seine Saint-Denis 
peut le faire ! 
La preuve... 
il vient de confirmer la régularisation de cinq sans-papiers ...
Monsieur le Préfet, 
n'oubliez pas notre ami et collègue Sara Camara...
 
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Seine Saint Denis
LES PAVILLONS-SOUS-BOIS.
Premières régularisations 
pour les sans-papiers d'OSP
Marjorie Corcier

mardi 04 mars 2008 | Le Parisien

Le préfet a confirmé que cinq des neuf vigiles licenciés en 2006 par la société de sécurité auraient bientôt des titres de séjour.

APRES plusieurs mois de rumeurs, d'espoirs et d'incertitude, la nouvelle se confirme enfin. Cinq des neuf anciens vigiles de la société des Pavillons-sous-Bois OSP, licenciés entre mai et août 2006 sous prétexte qu'ils étaient sans papiers, seront bientôt régularisés. Deux d'entre eux ont déjà reçu leur carte de séjour et les régularisations sont « en cours » pour les trois autres, selon une lettre adressée par le préfet à la CGT.

« Nous avons mené une bagarre très active, les parrainages l'an dernier des sans-papiers par des personnalités ont fonctionné. Aujourd'hui, cette mobilisation a payé, sinon ils auraient tous été mis dans l'avion en août 2006 », confie Jocelyne Lesur, de l'union départementale CGT, au côté de ces salariés maliens depuis le début.

« C'est la fin de la peur au quotidien pour moi et ma famille »

Voilà bientôt deux ans que ces anciens employés se battent. Leur société de sécurité, privée à la suite de cette affaire de son agrément préfectoral, avait déposé le bilan. Le gérant a été condamné en mai 2007 par le tribunal correctionnel pour plusieurs infractions à la législation du travail. Entre-temps, l'un d'eux, Souleymane Bagayoko, a été expulsé en août 2006 vers le Mali. Côté prud'hommes, les plaignants, qui estiment que leur patron savait dès leur embauche qu'ils étaient en situation irrégulière, espèrent décrocher des dommages et intérêts pour licenciement abusif.

Pour Issouf Sow, 33 ans, premier à avoir été régularisé, c'est une nouvelle vie qui commence « après dix-huit mois sans travail ni logement, avec toutes les galères du monde et les humiliations », soupire-t-il. En France depuis 2001 et papa d'un bébé de 4 mois, il vient d'être embauché en CDI comme vigile à
Bobigny. « C'est un nouveau vent qui souffle et surtout la fin de la peur au quotidien pour moi et ma famille », sourit-il. Il repense à ses moments de doute. « On s'est toujours soutenus entre nous, cela a créé des liens très forts. Nous sommes devenus une famille », poursuit-il avec émotion.

Jocelyne Lesur reste confiante sur le sort des trois autres ex-salariés d'OSP dont les dossiers sont encore en stand-by. « Il nous manque des promesses d'embauche et nous faisons le maximum pour rencontrer des employeurs », explique-t-elle. Enfin, la militante espère aussi faire revenir Souleymane Bagayoko en France « en faisant valoir le regroupement familial ».

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