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Comité de soutien Sara Camara

 

 

Sara Camara

vit en France

depuis 17 ans...
***********************************************************************************

Hier,
Lundi 14 Avril 2008 à 13H00
Le commissaire du gouvernement a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler la décision d'expulsion du territoire émis par la préfecture de Seine-Saint-Denis
à l'encontre de Sara...

Aujourd'hui, Mardi 15 Avril 2008
 à 11H30
Notre ami et collègue SARA est régularisé par la préfecture de Seine Saint-Denis !!
Il aura fallu attendre 800 jours pour qu'enfin le bon sens l'emporte...
Au nom de Sara,
merci beaucoup
pour toute l'aide et les marques de soutien que
vous lui avez apporté durant
ces longs moments difficiles.

Comité de soutien

Il travaillait depuis 13 ans dans l'administration...

Aujourd'hui,

800 ème jour

sans papier, 
sans travail, 
sans revenu, 
sans nouvelle de la Préfecture,

Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Préfet,

Messieurs les Politiques,

Mettez fin au

"compteur de la HONTE..." 

Régularisez notre ami et collègue !
SARA CAMARA

SIGNEZ LA PETITION 

(cliquez sur le lien) 
et merci de la diffuser

autour de vous...

Demandant

la régularisation de notre ami et collègue

Sara Camara,

pour qu'il retrouve son poste et sa dignité...

Sara Camara est malien. Il travaille depuis 13 ans à la Conciergerie (donc pour le Centre des Monuments Nationaux, qui dépend du Ministère de la Culture), en tant qu'agent chargé de l'entretien du monument ! Ou plutôt travaillait, puisqu'il se retrouve sans travail, et donc sans revenus, depuis le 31 janvier dernier, après avoir révélé lui-même sa situation irrégulière (il n'avait eu d'autre choix que « d'emprunter » l'identité de son oncle pour pouvoir travailler) et entrepris des démarches pour demander sa régularisation.
Il a déposé auprès des services de la préfecture de Seine-Saint-Denis un dossier de demande de régularisation de situation, le 14 février 2006. Suite au dépôt de son dossier, il a obtenu un document officiel qui lui permet de circuler en toute légalité sur le territoire français...mais il n'a pas le droit de travailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille au Mali ! Aujourd'hui, il se retrouve sans aucun revenu (pas de droits aux aides sociales, sécurité sociale, Assedic... malgré 13 années de cotisations...).
L'indifférence de l'administration dans le traitement du dossier de Sara Camara le rend complètement marginal d'un point de vu social et le met dans une situation financière plus que précaire. Comment peut-on vivre en France sans revenu, sans aide, sans papiers "hormis un récépissé l'autorisant à se "déplacer" tout en gardant sa dignité et en voulant rester honnête ?
Depuis cette date, ses collègues et ses amis se sont manifestés nombreux et de diverses manières afin de lui manifester un soutien total. La mairie de Montreuil, M. le maire de Bondy, la CGT-Culture, le directeur du Centre des Monuments Nationaux, M. Accoyer (député et président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale), M. Jacques Mahéas (sénateur du groupe socialiste de la Seine-Saint-Denis) ont écrit à M. le préfet de Seine-Saint-Denis pour le sensibiliser à l'histoire très particulière de Sara Camara (pour rappel il a travaillé pendant 13 ans pour l'administration française..).
Les journaux « Libération » et « Le Parisien » ont consacré des articles à cette histoire et France 3 un reportage diffusé le 24/03/06. « Le Nouvel Observateur » a diffusé sur son site internet la lettre ouverte à M. Nicolas Sarkozy qu’a rédigé le comité de soutien de Sara Camara à l’occasion de son 100ème jour d’exclusion (10 mai 06)
M. Julien Dray a pris en exemple le cas de Sara lors du débat sur l’immigration à l’Assemblée, qui plus est devant M. Sarkozy. Messieurs. Braouzec et Mamère se sont également déclarés solidaires avec Sara et soutiennent totalement sa « nécessaire » régularisation…
 
Résultat de cet élan de solidarité venu de tous horizons ? Rien ! Au jour d'aujourd'hui, Sara Camara n'a toujours pas reçu de nouvelles de la préfecture de Seine-Saint-Denis. Il est dans une situation extrêmement précaire sur le plan financier et qui devient de plus en plus difficile à vivre au niveau psychologique.
Ses amis et collègues n'ont pas non plus reçu de réponses à leurs nombreux courriers, pétitions, et mails.
Les seules réponses dont nous ayons eu échos (mairie de Montreuil, CGT-Culture, et M. le maire de Bondy), ne nous rendent pas très optimistes puisque les services de la préfecture disent, en substance, « il y a eu fraude, donc il n'y aura pas de régularisation..» ! C'est-à-dire que l'on s'arrête à la première page d'un dossier, celle où Sara Camara fait état de sa situation, qui en comprend plus de 120 (contrats, fiches de paie, attestation de cours de français, témoignages de soutien de sa hiérarchie et de ses collègues) ! C’est-à-dire que l’on ne prend absolument pas en compte l’aspect humain de ce dossier (pourtant M. Sarkozy l’a redit dernièrement à l’Assemblée, «les critères humains et sociaux doivent être pris en compte dans le traitement de ce genre de dossier» !). C’est-à-dire enfin que, à cause de son honnêteté, Sara s’est vu brutalement mettre à la porte de la société !
Cette situation est totalement indigne d'un pays prétendant appliquer les Droits de l'Homme. Il est temps que la porte s’ouvre de nouveau et que Sara Camara puisse retrouver la place qui était la sienne. Son travail et ses collègues l’attendent. Il y a véritablement URGENCE maintenant !
Il faut que la mobilisation face à la préfecture de Seine Saint-Denis soit plus forte que jamais. L’administration n’a pas le droit de précariser ainsi des êtres humains, c’est proprement honteux !
Nous nous tenons bien entendu à votre disposition si vous souhaitez avoir plus de précisions sur cette affaire. Merci beaucoup de l'aide que vous voudrez bien apporter à Sara Camara, afin de mettre fin à cette situation ubuesque.
Comité de soutien de Sara Camara

Monsieur Sarkozy,

En ce 10 mai, journée nationale de commémoration de l’abolition de l’Esclavage, nous célébrons un bien triste anniversaire.

Notre collègue et ami Sara Camara entame son 100 ème jour de « punition » infligée par l’administration française, pour cause d’honnêteté.

Le nom de Sara Camara ne vous est pas étranger puisque Monsieur Julien Dray vous a relaté sa situation ubuesque lors du débat sur l’immigration, à l’Assemblée Nationale, vendredi dernier.

Sara est Malien. Il est arrivé en France, de façon clandestine, il y a plus de 15 ans pour fuir la misère de son pays et donner un espoir de vie meilleure à sa famille.

Recruté, au noir, par des sociétés de nettoyage, il a été amené à travailler au sein des Monuments nationaux. Son sérieux et son efficacité ont vite été remarqués, et la Direction Régionale des Affaires Culturels, puis le Centre des Monuments Nationaux, ont souhaité l’engager et le contractualiser comme agent d’entretien à la Conciergerie de Paris. Depuis plus de 13 ans, il remplissait son rôle avec compétence et talent. Il avait tissé des liens professionnels et amicaux avec tous ses collègues. Il prenait des cours de français depuis plus de 10 ans…Bref, il avait tout fait pour s’intégrer au mieux dans la société qu’il avait choisie. Seule ombre au tableau, Sara avait du « emprunter » l’identité de son oncle (qui portent les mêmes nom et prénom que lui) pour pouvoir travailler pour l’administration. Ce n’est certes pas légal, mais ce n’est pas un crime au regard de la vie de sacrifice qu’il mène depuis plus de 15 ans pour faire vivre sa famille, au sens large du terme.

Cette faute, c’est Sara lui-même qui l’a avoué il y a quelques mois car il en avait assez. Assez de mentir à ses collègues et à son employeur, assez de cotiser pour des prestations auxquelles il n’avait pas accès (retraite, maladie, chômage…), assez de porter seul ce lourd fardeau, assez de ne pas pouvoir mener une vie de famille normale…Sara a donc tout révélé avec la plus grande honnêteté en adressant un courrier, avec tous les éléments relatifs à son parcours, à la préfecture de Seine-Saint-Denis le 29 novembre dernier. Pour le remercier de son geste courageux, la préfecture a envoyé une lettre au Centre des Monuments Nationaux pour exiger son licenciement immédiat ! L’administration a donc décidé de le condamner avant de le juger, de le condamner à demeurer sans revenus, de le condamner à la précarité, à l’humiliation, de le condamner comme s’il était un délinquant alors que tous ses collègues ont témoigné de son comportement irréprochable durant toutes ces années…

La France est le pays des Droits de l’Homme et elle ne peut pas tolérer une telle situation. Notre pays ne peut pas jeter à la rue, du jour au lendemain, un être humain. C’est pourtant ce qui se passe avec Sara Camara depuis le 31 janvier 2006 ! Et ce malgré les nombreuses interventions, auprès de la préfecture de Seine-Saint-Denis, d’élus (de droite comme de gauche), des collègues de Sara, de personnes émues par cette histoire…  

 

« Loin d’être une mesure de fermeture, la mesure que je propose est donc une mesure d’ouverture ! ».

Ce sont vos propres paroles prononcées le vendredi 5 mai dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale.

M. Sarkozy,  Sara Camara aime la France et il ne veut pas la quitter. Il veut juste pouvoir retrouver son travail en toute légalité. Alors, ouvrez-lui la porte que la préfecture lui a claquée à la figure !

Vous avez également dit que les critères d’ordre humanitaire et social devaient être pris en compte dans le traitement des dossiers des personnes immigrées. Nous pouvons vous affirmer que ce n’est pas le cas actuellement, bien au contraire ! L’histoire de Sara n’est malheureusement pas un cas isolé.

Il faut que Sara Camara soit régularisé, pas dans quelques semaines ou dans quelques mois, mais tout de suite ! Et quel plus beau symbole pourrait-il y avoir que de le faire en cette 1ère journée nationale de commémoration de l’abolition de l’Esclavage ? Vous feriez ainsi preuve de votre humanisme et de votre générosité, et la France donnerait d’elle une image beaucoup plus respectable que celle d’un  pays englué dans de sombres règlements de compte politiques.

Pour Sara Camara, pour toutes les personnes issues de l’immigration qui se trouvent dans des situations humaines plus que difficiles, et pour tous les français qui veulent continuer de pouvoir affirmer que leur pays est bien celui des Droits de l’Homme, d’avance merci Monsieur. Sarkozy.

Si vous souhaitez nous rencontrer afin que nous puissions discuter de tout cela, nous sommes disponibles.

Comité de soutien de Sara Camara

http://soutien-sara.camara.over-blog.com/

 

 

Le projet de loi sur l'immigration en débat à l'Assemblée

 Un gadget à défaut de régularisation

Le gouvernement promet une commission pour les cas des clandestins depuis dix ans.

Par Catherine COROLLER et Nathalie RAULIN
QUOTIDIEN du samedi 06 mai 2006

«Dans mon esprit, il n'y a pas de droit à la régularisation, il y a une possibilité de régularisation.» Ainsi Nicolas Sarkozy a-t-il clos vendredi soir le débat sur l'article 24 de son projet de loi sur l'immigration et l'intégration, qui agitait l'Assemblée nationale depuis le matin. En cause : la suppression d'une disposition permettant la régularisation de plein droit des clandestins présents sur le territoire depuis plus de dix ans. Ce dispositif «consiste paradoxalement à récompenser une violation prolongée de la loi de la République», argumente le gouvernement dans son texte. Dans l'hémicycle, le sarkozyste Christian Estrosi, ministre de l'Aménagement du territoire, y voit «un appel d'air. La régularisation automatique des étrangers revient à donner une prime à la clandestinité».

Saint-Bernard. Pour une partie des députés, et pas seulement de l'opposition, cette suppression est inadmissible. De l'aveu même du gouvernement, 3 000 personnes sont régularisées par an sur la base de cette disposition. Une goutte d'eau. «Soyons sérieux, le chiffre dont il est question ne constitue en aucune façon un appel d'air», plaide Patrick Braouezec (PCF, Seine-Saint-Denis). «Vous croyez que des millions de gens sont prêts à faire cela?

Pendant dix ans, tous les jours, se demander ce qui va leur arriver ?», interroge Julien Dray (PS, Essonne), qui évoque le cas de Sara Camara, un gardien de la Conciergerie de Paris (Libération du 4 mai), présent dans les tribunes.

Aux côtés de la gauche, se rangent Jean-Christophe Lagarde (UDF, Seine-Saint-Denis) et Etienne Pinte (UMP, Yvelines). Dès le début de la matinée de vendredi, ces parlementaires ont bataillé pour convaincre le gouvernement de renoncer à cette suppression : S’insurge Noël Mamère (Verts, Gironde).

Cette suppression «est une erreur, insiste Lagarde. La régularisation au bout de 10 ans permet de sortir d'une situation intenable des personnes non expulsables mais non régularisées. Supprimer cette possibilité aboutit à une hypocrisie : on les condamne à rester clandestins perpétuels, ce n'est pas bon. On prend un risque sérieux de revivre des opérations médiatiques, type Saint-Bernard.» Et le député UMP des Yvelines, Etienne Pinte, de renchérir : «Cet article 24 nous pose à tous des problèmes.»

En milieu d'après-midi, le débat bloque. Les députés s'agacent. Sarkozy est absent de l'hémicycle. Le ministre de l'Intérieur, qui n'a fait qu'une courte apparition le matin, apparaît enfin à 18 h 30. Les opposants reprennent leur plaidoirie : «S'il s'agissait de gens qui ont enfreint les lois quotidiennes de la République, personne ici n'interviendrait», argumente Julien Dray. «L'expérience m'a montré que le dispositif en cause était utile», relaie Jean-Christophe Lagarde.

Sarkozy reconnaît qu'il doit y avoir un «sas qui permette de décompresser les situations humaines dramatiques». Il réitère la proposition déjà faite aux représentants des religions inquiets de la dureté de son texte : la création d'une commission nationale composée de représentants du gouvernement, d'associations et d'élus.

Sauvetage. Cette instance serait saisie des dossiers de régularisation n'entrant pas dans le cadre de la loi. Pourraient être concernées deux catégories de sans-papiers : les cas humanitaires et les «étrangers dont la présence peut-être une opportunité, une utilité ­ peu importe le terme ­ pour notre pays». Le ministre a cité le cas d'un clandestin sur le point d'être expulsé et qui a sauvé un enfant de la noyade le 18 avril. Situation qui reste rarissime.

Enfin, jugeant la France «très généreuse» dans la délivrance des cartes de séjour aux étrangers gravement malades, le gouvernement a annoncé des actions qui pourront être mises en oeuvre sans changer la loi. Ainsi une liste des pathologies pour lesquelles les étrangers peuvent se faire soigner dans leur pays d'origine sera établie dès septembre.

 
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Quelques extraits du déroulement de la séance du vendredi 5 mai 2006, que nous avons pu suivre sur place grâce aux invitations de Monsieur Jean-Pierre Brard (Député-Maire de Montreuil) et notamment les interventions de Monsieur Julien Dray(Député des Yvelines et Porte parole du Parti Socialiste) qui a cité en exemple l'histoire de notre collègue Sara Camara, mettant ainsi en évidence au sein même de l'institution que représente l'hémicycle de l'Assemblée Nationale, un cas qui mérite d'être examiné avec humanité.
Nous tenons à le remercier particulièrement au même titre que tous les parlementaires présent ce jour pour combattre le projet de loi de réforme du CESEDA. 
Pour notre part, nous continuons ce véritable parcours du combattant afin d'obtenir rapidement une issue favorable pour un traitement humain du dossier...
Comité de soutien à Sara Camara.
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2ème séance du vendredi 5 mai 2006
Séance de 15 heures
89ème jour de séance, 210ème séance
Présidence de M. Jean-Luc Warsmann
Vice-Président
immigration et intégration (suite)
L'ordre du jour appelle la suite de la discussion, après déclaration d’urgence, du projet de loi relatif à l’immigration et à l’intégration.
Art. 24 (suite)
M. le Président – Ce matin, l’Assemblée a entendu les orateurs inscrits sur l’article. Nous en venons aux amendements…
 
…M. le Président – Sur l’amendement 284 – et par conséquent sur les trois amendements de suppression de l’article -, je suis saisi par le groupe socialiste d’une demande de scrutin public.
 
M. Julien Dray – Je commencerai par un bref historique de la régularisation automatique des étrangers présents clandestinement en France depuis plus de dix ans. En décembre 1996, votre majorité, forte de 450 députés, s’était laissé emporter par une frénésie ayant entraîné des dérapages verbaux que nul n’a oubliés – et qui ont eu les effets électoraux que l’on sait. Sûrs de votre fait, vous n’aviez pas de mots assez durs pour brocarder les malheureux députés de l’opposition présents en séance. Puis, à quelques semaines de là, il y eut une formidable mobilisation populaire en faveur des sans-papiers et le président de la commission des lois d’alors, M. Pierre Mazeaud, vous exhorta lui-même – Etienne Pinte s’en souvient certainement – à un peu plus d’humanité. C’est ainsi que fut prise la décision de régulariser tous ceux qui pouvaient attester de quinze ans de présence continue sur notre sol, le législateur ayant considéré qu’un tel effort méritait bien un peu de générosité. Par la suite, c’est nous qui avons ramené à dix ans le délai exigible. Vous entendez, par cet article 24, revenir sur cet acquis au motif qu’il donnerait une prime à la clandestinité et qu’il pourrait créer un appel d’air. Cela n’est pas recevable : croyez-vous qu’il soit facile de se maintenir plus de 3 000 jours sur un territoire où votre présence n’est pas souhaitée, sans savoir de quoi demain sera fait et sans bénéficier d’aucun droit ? Croyez-vous qu’il se trouvera un seul Africain pour se dire : je tente ma chance car, si j’arrive à me maintenir pendant dix ans, je serai régularisé ?

M. Yves Jego - Vous préférez continuer de donner une prime à la fraude ?

M. Patrick Balkany - C’est totalement irresponsable !

M. Julien Dray - Oh, vous, retournez à Levallois-Perret ! On y a sans doute besoin de vous. Ce que vous refusez de prendre en compte, c’est la souffrance des clandestins, souvent conduits à faire la grève de la faim, voire poussés au suicide pour faire entendre leur voix.

M. Patrick Balkany - Allez-y, continuez ! Quand on n’a rien à dire, il faut le dire très fort !

M. Julien Dray - Au reste, lorsque de tels drames ont lieu dans vos circonscriptions, vous êtes souvent les premiers à demander au préfet de faire un geste, compte tenu de la dimension humaine de ces affaires.

Je voudrais par exemple faire état du cas d’un employé malien de la Conciergerie, présent sur notre sol depuis treize ans et qui risque aujourd’hui l’expulsion pour avoir signalé, en toute bonne foi, sa situation. Quelles que soient leurs options politiques, tous ses collègues de travail se sont mobilisés en sa faveur, mais la Préfecture ne veut rien entendre ! Il a été licencié et expulsé !

J’ai participé, avec M. Goasguen et Mme Vautrin à un débat télévisé auquel participait aussi l’ancienne ministre de la culture du Mali et j’ai bien senti la gêne des membres de la majorité lorsque cette femme nous a dit : quand vous adoptez de telles dispositions, vous devriez penser à l’image que vous donnez de la France, et qui ne contribue pas à son rayonnement.

Alors, faites preuve d’un peu d’humanité et entendez les arguments de l’opposition ! Reconnaissez que vous vous êtes trompés ! Ce serait un geste d’intelligence, une preuve de bonne foi. Je rappelle qu’il ne s’agit a que de 3 000 cas, de gens qui n’ont enfreint aucune règle. Si vous êtes des Républicains, vous ne pouvez pas les abandonner !

M. Patrick Balkany - J’ai été mis en cause, je demande la parole !

M. Julien Dray - Les faits personnels sont en fin de séance ! Vous reviendrez ce soir ! (Exclamations sur les bancs du groupe UMP)

M. Patrick Balkany - Ces mises en cause sont inadmissibles ! (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste)

M. le Président – La parole est à Mme Danièle Hoffman-Rispal. M. Balkany pourra demander la parole pour un fait personnel en fin de séance…

…M. le Président – Nous en revenons aux amendements 572, 166 et 262, précédemment réservés, afin que ceux qui le souhaitent puissent s’exprimer en présence du Ministre d’Etat. Je rappelle que le groupe socialiste a demandé un scrutin public pour le vote de l’amendement 572…

…M. Julien Dray - Je remercie d’autant plus le ministre de l’intérieur de sa présence que tout semble pouvoir arriver au-delà des murs de notre enceinte, et qu’il est sans doute en première ligne dans les événements à venir.

Nous ne sommes pas du même bord, et nous sommes souvent affrontés. Ici, pourtant, je ne comprends pas. La disposition en question fut instaurée par la droite au terme d’événements que vous jugiez vous-même ubuesques et insupportables. Plusieurs orateurs sont déjà intervenus pour expliquer qu’elle n’a rien à voir avec ce qui nous préoccupe : les personnes concernées n’ont pas enfreint les lois de la République ou la morale publique – personne alors n’interviendrait – mais elles sont piégées par des situations particulières dont la République elle-même est responsable. C’est parce que la législation sur l’entrée des immigrés ne cesse de changer que l’administration elle-même, perdue dans cette évolution, ne l’applique plus toujours exactement. Être clandestin pendant six mois ou un an, c’est une chose, mais dix ans sans discontinuer ! M. Pinte l’a dit : il n’y a pas d’automaticité, et l’administration peut refuser la délivrance du titre de séjour en cas de problème. Mais un séjour de plus de dix ans sur notre territoire a un sens : il ne s’agit donc pas d’une simple prime à l’illégalité ! Près de 90 % des cas concernent des Africains : personne, dans leurs villes, ne se dit que tenir bon dix ans suffira à obtenir une carte ! Au contraire, ces gens nouent des liens familiaux, affectifs, professionnels avec notre pays. Bien souvent, ils travaillent en toute légalité !

Je citai tout à l’heure le cas de M. Sara Camara, présent dans les tribunes aujourd’hui – illustrant ainsi l’importance qu’il accorde à notre débat. Il travaillait à la Conciergerie, avec un contrat en bonne et due forme ; il n’avait rien à cacher, et son employeur rien à lui reprocher – comme en témoigne la mobilisation unanime de ses collègues.

Il ne s’agit pas d’un débat idéologique, mais de situations particulières que nous avons tous jugées inacceptables. Je vous le dis sincèrement : je ne comprends pas ce que vous apporte ce dispositif qui n’a rien à voir avec l’immigration choisie. Ces cas existent : vous serez contraints, in fine, à délivrer des titres de séjour… 

 

© Assemblée nationale

 

 

Vous pouvez lire le déroulement complet de la séance du vendredi 5 mai 2006 sur le site

 http://www.assemblee-nationale.fr/

 

 

Politiques
Ce que changerait la loi (2/3): le titre de séjour automatique après dix ans
Sara, trop honnête pour être français
Par Catherine COROLLER
jeudi 04 mai 2006
 
Pendant treize ans, Sara Camara a vécu en France une vie sans histoire. Recruté comme gardien suppléant à la Conciergerie de Paris, il a été contractualisé comme agent d'entretien par le Centre des monuments nationaux le 1er juillet 1998. Sur ses 1 200 euros de salaire mensuel, ce Malien en envoyait 200 à son épouse restée au pays avec leurs trois enfants. Et puis, un jour, il en a eu assez. Entré en France en clandestin, il travaillait sous l'identité de son oncle, qui porte même prénom et même nom et qui, lui, est en règle. La situation a fini par lui peser : «Je me suis dit que j'allais travailler toute ma vie pour avoir rien du tout, rien si je suis malade, rien pour la retraite...».
Circulaire. Sara Camara ayant tissé de bonnes relations avec ses collègues, se confie à eux. Avec leur appui, il prend conseil auprès du Gisti (Groupe d'information et de soutien des immigrés). Son cas n'est pas simple. Il pourrait bénéficier de l'article L313-11 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers qui prévoit la délivrance d'un titre de séjour aux étrangers, même clandestins, résidant en France depuis plus de dix ans. Sauf qu'une circulaire de 2004 exclut en théorie du bénéfice de cette disposition les années de séjour passées sous couvert d'une fausse identité.
Dans le courrier qu'il adresse le 29 novembre 2005 au préfet de Seine-Saint-Denis pour demander un titre de séjour, Sara Camara dit tout : la nécessité de faire vivre sa famille, ses treize années d'employé modèle à la Conciergerie... La seule réaction de la préfecture a été brutale : un courrier au Centre des monuments nationaux ordonnant son licenciement. Depuis, les collègues du Malien maintiennent la mobilisation. Le 1er février, 50 agents de la Conciergerie et de la Sainte- Chapelle, soit presque tout l'effectif, envoient au préfet une pétition demandant que Sara Camara «puisse retrouver son poste en toute légalité». La semaine dernière, ils ont créé un blog de soutien*.
Agent modèle. Mais, mauvaise nouvelle pour Sara Camara, le projet de loi Sarkozy supprime la délivrance automatique d'un titre de séjour au bout de dix ans de présence en France. La régularisation est désormais soumise à deux conditions : «Des ressources stables et suffisantes», et «une intégration républicaine [de l'étranger] dans la société française». Agent modèle au ministère de la Culture où il suit des cours de français depuis 1994, Sara Camara paraît y répondre.
 

 

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