Bonjour,
Nous portons à votre connaissance
l'article de Laure Equy
(que nous remercions...)
paru dans le journal Libération du 9/08/08.
Concernant la situation de Sara, après beaucoup d'attente et de patience, le jour tant attendu est enfin arrivé le Mercredi 3 Septembre 2008 ,
Sara a été convoqué par le service des étrangers de la préfecture de Bobigny pour se faire remettre un titre de séjour temporaire valable 1 an.
Le site restera en ligne durant toute cette période pour vous informer de la suite qui sera donné au renouvellement de son titre de séjour dans 1 an.
Merci à tous pour votre soutien,
Bien Cordialement,
Le comité de soutien Sara Camara
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Porté par les
potes
(Sara Camara portrait)
Source Libération
Du côté des sans-papiers (7/8) Sara Camara. Cet agent d’entretien malien a obtenu un titre de séjour grâce au soutien de ses collègues de la Conciergerie,
à Paris.
Journaliste LAURE EQUY photo FRÉDÉRIC STUCIN
QUOTIDIEN : samedi 9 août 2008
Comme un miraculé. Malien arrivé en France par une filière clandestine, Sara Camara a été régularisé après avoir vécu dix-huit ans en
clandestin. Il avoue qu’il revient de loin, que, seul, il se serait sans doute embourbé dans les labyrinthes administratifs. « Je n’aurais jamais pu faire ces démarches sans aide,
même si j’en avais envie, assure ce quadragénaire d’un minuscule filet de voix. Pour les sans-papiers, c’est trop compliqué, on est perdus. » Le radeau de sauvetage de
cet agent d’entretien à la Conciergerie, à Paris : deux collègues qui ont remué ciel et terre pour l’aider à arracher son titre de séjour. Deux ans de « procédure
kafkaïenne », selon l’un de ses anges gardiens, Jean-Luc Thouvenin, chargé du personnel. Une mobilisation tambours battants. Et très vite, l’impression de marcher sur la tête. « On a
naïvement pensé que l’affaire se réglerait facilement, avant de sentir qu’on naviguait à contre-courant »,raconte son ami informaticien, Mohamed Ziane. Les trois compères se heurtent à la
politique de serrage de vis en matière d’immigration et à l’arbitraire des critères ouvrant à la régularisation. Malgré des états de service exemplaires, Sara n’y répond pas vraiment. Sa femme
et ses enfants vivent au Mali, il ne travaille pas dans la restauration, le bâtiment ou d’autres secteurs en tension.
Dès le départ, les associations leur conseillent de médiatiser son cas. Car sans grabuge, on trouve portes closes, et qu’« un dossier
béton » mais confidentiel reste en bas de la pile. « Pourquoi lui et pas d’autres qui ont la même ancienneté, des enfants en France ? Sur ces critères, il n’y a pas de
vérité absolue, conclut Mohamed Ziane. Mais le bruit qu’on a fait a joué. On n’en démord pas. »
Silhouette débonnaire, regard tendre, un fin liseré de barbe comme tracé au feutre sur son visage rond, Sara leur a fait confiance : « On était toujours
tous les trois. »Il a la discrétion de ceux qui ont dû jouer les passe-muraille, se faufiler entre les mailles. Grand timide, un brin lunaire, il bredouille son histoire et se retranche
derrière un éternel sourire. A la Conciergerie depuis 1992, titularisé en 1998 par le Centre des monuments nationaux (CMN), il a le profil de l’employé de l’année. « Dévoué, droit,
honnête, irréprochable », élève assidu des cours de français du ministère de la Culture, assurent les lettres de soutien que le personnel avait envoyées au ministère de l’Immigration.
Chaque matin, il fait le tour des salles, assure le nettoyage, dépanne ses collègues. C’est lui qui époussette le mannequin de cire de Marie-Antoinette, agenouillé dans son cachot. A force, il
s’y sent comme « chez [soi] », a appris des bribes d’histoire de la Révolution et se targue d’avoir aperçu du beau linge les soirs de vernissage.
Sara aurait pu continuer à vivre sous cape, avec ce travail qui lui « plaît bien » et lui permet d’envoyer à sa famille une part son salaire de 1 200
euros par mois. Mais, fin 2005, il décide de se confier à Jean-Luc Thouvenin. Pour postuler au CMN, il avait utilisé les papiers de son oncle, en règle, qui porte les mêmes nom et
prénom.« Ça me pesait trop. J’en avais assez de travailler pour ne rien avoir à la fin, rien pour la retraite. » Embringué dans son secret, Sara n’avait jamais osé demander sa
régularisation. Sur les conseils du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), le trio fait une demande de régularisation à la préfecture de
Seine-Saint-Denis. Laquelle ordonne, deux mois plus tard, le licenciement de Sara. Le CMN gèle son poste et assure de le réembaucher, une fois régularisé.
Ses deux amis qui, auparavant, ne portaient pas spécialement la cause des sans-papiers en bandoulière, se retroussent les manches. Thouvenin se sentait
« déjà concerné par les atteintes aux droits de l’homme »,sans avoir « été encarté nulle part ». D’origine algérienne, Ziane, lui, se rappelait ses oncles qui « ont
vécu seuls et se sont privés toute leur vie ». Ils montent un blog, un comité de soutien, font des pétitions, tambourinent aux portes des médias et des
politiques. Sara, lui, attend à la préfecture « dès 5 heures du matin ». Les députés Bernard Accoyer (UMP), André Santini, Jean-Christophe Lagarde (NC), écrivent au préfet.
En séance, à l’Assemblée, Julien Dray (PS) défend le cas de Sara. Lui se sent soulagé « d’entendre des gens qui comprennent que les immigrés ne viennent pas pour profiter mais pour sortir
leur famille de la misère ». Thouvenin va plus loin, qui décrit Sara comme « le bouc émissaire d’une politique d’immigration injuste, en voie de durcissement ». En avril, Sara obtient son récépissé préalable à la fabrication d’une carte de séjour d’un an renouvelable, et reprend son poste à la Conciergerie.
Dernier d’une fratrie de sept enfants, Sara, issu de parents agriculteurs de Kerouane dans la région de Kayes (ouest du Mali), s’est mis à rêver de France à 13
ans, lorsqu’il comprend « qu’au Mali, y a pas la "maille". Chez nous, on dit qu’un ouvrier gagne en France le salaire d’un de nos ministres ». Ado, il voit l’Europe comme un
« paradis » avec « des palais, de belles voitures, des motos, du travail ». Des images brodées grâce aux récits enjolivés des immigrés qui rentrent au pays.
« Ils ne veulent pas inquiéter. Donc on ne sait pas qu’ils souffrent et économisent des années. » Sur les passeurs qui ont fourni visa et billets
d’avion, Sara ne s’étend pas : des gens rencontrés par amis d’amis, qui bénéficient de « complicités » à l’ambassade ou à l’aéroport. A 22 ans, il atterrit à Bruxelles, avant
d’être conduit à Paris. Hébergé par un proche dans un foyer de Montreuil (Seine-Saint-Denis), il dort dans le lit de celui qui travaille de nuit, enquille les boulots au noir et prend le métro,
un nœud à l’estomac.
Faire machine arrière aurait été « un échec total ». Au Mali, il a vu des immigrés expulsés « se cacher des semaines ou penser au suicide de peur
d’être traités d’incapables ». Sous ses airs placides, Sara s’est accroché : « Tu te demandes pourquoi tout ça, pourquoi tu as quitté ton pays. Et le jour de la paye, tu te dis
que ça vaut le coup. » L’année dernière, il a quitté le foyer pour louer, à deux pas, un appartement avec deux amis. Il y retourne pour voir les matchs de foot et soigner son mal du
pays.
Chez lui, il y a au mur des tableaux de là-bas : un danseur traditionnel et la silhouette longiligne d’une femme peule. « Même sans ça tu y
penses… » Sara bute un peu sur l’âge de ses enfants : sa fille de 9 ans et ses fils de 7 et 4 ans, tous trois au Mali, avec leur mère Aminata, qu’il a épousée en 1995, lors du premier
de ses quatre allers-retours. Il ne les voit pas grandir, n’a jamais vu son dernier fils. A chaque coup de fil, ils demandent d’entrée : « Papa tu viens quand ? » Aux
dernières retrouvailles, en repartant, il a dû quitter la maison à pas de loup, une fois les petits endormis, « sinon c’est trop dur. Alors tu respires, tu retiens tes larmes. Comme un
grand garçon ». Quand il ira fêter sa régularisation au Mali, Sara ne conseillera pas aux jeunes de son village de marcher sur ses pas. « Je leur dirai d’apprendre plutôt un métier en
Afrique », de se méfier des miroirs aux alouettes et que « la France ne peut plus accueillir tout le monde ».
© Libération
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